Lieu Unique : sous direction assistée

Il avait obtenu non pas la tête de Jean Blaise mais sa succession à la direction du Lieu Unique. Dix ans plus tard, Patrick Gyger repart en Suisse pour un fauteuil plus conforme à ses centres d’intérêt. Avec à la clé, un budget à faire pâlir la scène nationale nantaise. En attendant l’heureuse (?) nouvelle de sa succession, Nantes lui rend hommage.

Faute d’un communiqué officiel de la mairie, Ouest-France revient ainsi sur ces dix ans passés par Patrick Gyger à la direction du Lieu Unique. Un long entretien où celui qui avait la réputation d’être aussi chaleureux et ouvert qu’un coffre suisse dit tout le bien qu’il pense de l’établissement qu’il a dirigé.

Forcément unique

Le Lieu Unique, Patrick Gyger déclare en avoir “clarifié” la ligne artistique. Pas très aimable pour son prédécesseur, un certain… Jean Blaise. S’il évite le qualificatif de “flou du roi” pour en parler, le futur ex-directeur revendique d’avoir fait de cette scène nationale “un observatoire du monde”. Ni plus ni moins. Et qu’importe si le public n’y a pas toujours trouvé son compte. Pas un mot, par exemple, sur la programmation théâtre, danse ou encore musique. Sinon pour parler du festival Variations qui aura au moins permis à une banque (BNP-Paribas) d’oublier son éviction de La Folle Journée.

S’il est vrai que le Lieu Unique s’est ouvert aux débats géopolitiques et aux questions philosophiques et que la place de la littérature y a connu un nouvel essor avec le festival Atlantide, la programmation artistique – création théâtrale et chorégraphique – souffrait bien souvent de la comparaison avec le Grand T, l’autre grande scène nantaise, soutenue par le département.

À bons comptes ?

Pas de bilan chiffré dans ce long panégyrique de l’action de Patrick Gyger à la direction du LU. On se saura rien de la fréquentation des spectacles programmés. Pas sûr que, sur ce plan, le bilan soit très flatteur. Tout juste nous dit-on (Ouest-France du 7 décembre) que “500 000 personnes y transitent en moyenne chaque année”. D’où sort ce chiffre ? Mystère. Sans doute intègre-t-il les consommateurs de passage au bar et les clients du hammam auxquels il convient d’ajouter ceux du restaurant. Pour ce qui est de ce dernier – Patrick Gyger évite sagement d’en parler – on ne peut pas dire que, depuis dix ans, la qualité ait progressé.

Dans l’immédiat, en attendant la nomination d’une nouvelle direction, le Lieu Unique – qui compte 45 salariés ! – bénéficie d’une direction  assistée en la personne du directeur adjoint. Va-t-on assister à un rééquilibrage susceptible de faire revenir un public souvent négligé. À défaut d’avoir tout à fait transformé le Lieu Unique, Patrick Gyger estime que la ville, elle, l’a transformé.

Au pied de l’arbre

Cet hommage à une ville qu’il a choisi de quitter devrait valoir à Patrick Gyger une pluie de remerciements de la municipalité nantaise. Sans attendre d’avoir le sentiment de Johanna Rolland, Brigitte Ayrault y est allée de ses compliments sur les réseaux sociaux. Selon elle, le futur ex-directeur est “un homme de culture hors pair” (sic) qui a fait du Lieu Unique un “lieu magique” (re-sic).

En attendant les éloges officiels, Patrick Gyger abandonne la traditionnelle neutralité suisse en se prononçant, sans ambiguïté, pour la réalisation de l’Arbre aux hérons. Un soutien qui ne lui coûte rien. Au propre comme au figuré. Le coût de cette nouvelle “folie” nantaise sera en effet supportée par les contribuables d’ici et non par les résidents des bords du lac Léman. Reste à savoir ce qu’en pensera la majorité municipale nantaise que l’on sait divisée sur ce dossier et qui a quelques raisons de douter du bouclage financier de l’opération. Comme le rappelle par ailleurs Sven Jelure.

Le charme suisse

C’est à Lausanne, la ville où il a fait ses études d’Histoire, que Patrick Gyger retourne en ce début 2021. Il y dirigera une structure – la Plateforme 10 – qui regroupe trois musées (beaux-arts, photographie, design et arts appliqués). Il y a été nommé par le Conseil d’État vaudois en septembre dernier.

Le nouveau quartier des arts bénéficie d’un solide budget (23 millions) auprès duquel celui du Lieu Unique fait figure d’œuvre sociale. On comprend que le futur ex-directeur nantais n’a pas hésité bien longtemps à retrouver la ville de ses jeunes années. Même si, à Nantes, Patrick Gyger avait (prudemment ?) gardé un pied en Suisse. Il était en effet consul honoraire. Si la fonction est bénévole, il pouvait néanmoins goûter au charme du Manoir de la Basinerie.  La belle demeure nantaise héberge en effet cette mission consulaire.

Dans son entretien à Ouest-France, Patrick Gyger déclare avoir eu l’occasion, dans le cadre de sa mission, de venir en aide à des ressortissants suisses en difficulté financière. Quand on vous dit que tout fout le camp…

Julien Craque

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *