La com’ de Nantes Métropole a du mal à faire le pont

Le pont Anne-de-Bretagne est clairement un sujet embarrassant pour Nantes Métropole. Amuser la galerie en promettant un pont-jardin ou un pont-promenade ne suffit pas à occulter les sujets qui fâcheront. Ni ceux qui grattent déjà.

Le pont Anne-de-Bretagne est forcément l’un des grands sujets du jour. Les communicants de Johanna Rolland s’entêtent pourtant à réciter une fable bébête : « Une place ou une promenade ? Un jardin ou un belvédère ? Une piste cyclable ou une voie de tram ? Un peu de tout ça, c’est ce que sera, fin 2027, le pont Anne-de-Bretagne. » Exactement le même storytelling machinal qu’il y a trois ans.

« Un peu de tout ça » : qui trop embrasse mal étreint. Un peu de jardin : 1 779 m² (et même seulement 1 270 selon Ouest-France), le quart d’un terrain de football, uniquement des plates-bandes, bien sûr, faute de sous-sol. Un peu de promenade au milieu des trams, automobiles, scooters, cyclistes, planches à roulettes, etc. Un peu de belvédère, quoique pas en hauteur puisqu’on va abaisser le pont. Etc.

Mais qu’est-ce que les Nantais ont à en faire, d’une place, d’une promenade, d’un jardin, d’un belvédère, d’une piste cyclable ou d’une voie de tram ? On en a déjà plein ! Et de bien meilleurs ! Ce qu’on demande à cet équipement, c’est d’être un PONT, un moyen de traverser la Loire. Y compris pour les véhicules à moteur, qui semblent oubliés dans le catalogue des usages métropolitains.

Un silence ou une parole pour ne rien dire ?

Ils ne perdent rien pour attendre, puisque la circulation automobile future se fera à l’ouest des lignes de tram sur le pont et à l’est sur le boulevard Léon-Bureau. Autrement dit, tous les véhicules devront traverser les deux lignes de tram à un moment. Nantes Métropole se garde bien d’évoquer ce futur point noir. Pour le réduire, si vraiment on tient à faire du pont autre chose qu’un pont-pont, il ne serait peut-être pas idiot d’en faire un pont-parking. Nantes se démarquerait ainsi de Rennes, qui vient de détruire un parc de stationnement jadis construit au-dessus de la Vilaine.

Si l’on peut trouver à ce pont une autre utilisation originale, très bien. Mais les communicants métropolitains semblent incapables de l’imaginer. On les remplacerait avantageusement par une intelligence artificielle, qui n’aura pas de peine à trouver mieux (on trouvera ci-dessous les messages proposés par ChatGPT*).

Tout le discours autour du pont semble affecté de la même indolence :

Le chantier a été voulu sobre et responsable : grâce au réemploi du pont actuel, 4 800 tonnes de béton n’auront pas à être détruites. C’est une économie de 6 000 tonnes équivalent en CO2, par rapport à un scénario de remplacement total du pont.

On peut en dire autant partout. Là où Nantes Métropole ne fait rien, il y a non-émission de CO2 ! Et bien entendu, ce constat élémentaire appelle aussitôt une question complémentaire : puisqu’on sait combien de CO2 on « économise » à ne pas détruire le pont, combien va-t-on émettre de CO2 pour le tripler ? La com’ semble moins pressée de faire le calcul. Une métallurgie classique émet 1,8 tonne de CO2 par tonne d’acier. Ici, le tablier pèse 2 200 tonnes, plus environ 1 000 tonnes de superstructures provisoires. On ne doit pas être loin des 6 000 tonnes de CO2 si l’on y ajoute le carburant du transport.

Saint-Philibert priez pour lui

Et à ce propos, où en est-on du transport ? Le tablier arrive du fin fond de l’Adriatique via le détroit de Gibraltar, plus de 5 000 km de trajet. Quand il a pris la mer, le 26 octobre, on annonçait officiellement son arrivée « entre la troisième semaine de novembre et la troisième semaine de décembre ». Donc avant le 21 décembre. L’arrivée à Cheviré était prévue le 20 décembre, écrivait encore Ouest-France le 14 décembre, « mais sera sans doute retardée ».

En réalité, elle l’est déjà : le port de Nantes-Saint-Nazaire indique désormais une arrivée prévue le 29 décembre. En une semaine, le temps de transport prévu s’est accru de quatre jours. Et ce n’est peut-être pas fini. Car, ce 15 décembre à 18h00, la barge transportant l’énorme structure métallique se trouve toujours à l’abri dans le golfe de Cadix, tout au sud de l’Espagne.

Sa localisation est connue en temps réel grâce au site marinetraffic.com. Il suffit de regarder où en est son remorqueur, le Multratug 18 – un nom que le site metropole.nantes.fr a cessé de mentionner depuis quelques jours. Peut-être parce que le sujet devient franchement préoccupant. Il est plus difficile de parcourir le golfe de Gascogne que de franchir la Loire. Les tempêtes y sont rudes et leur saison, c’est décembre-janvier. On y arrive. Le trajet de Cadix à l’embouchure de la Loire n’offre guère de zone sûres où abriter une barge chargée de 3 000 tonnes de structures en acier en cas de houle et de vents forts. On attendra une dizaine de jours de météo très calme. Il ne faudrait pas que notre gros tablier aille rejoindre le Lancastria et le Saint-Philibert. On n’a pas de pont B.

Sven Jelure

° ° °

* En réponse à ce prompt : « Que pourrait dire une municipalité pour convaincre ses citoyens de la nécessité de construire au-dessus d’un fleuve un nouveau pont sur lequel circuleront tramways, véhicules à moteur, vélos et piétons ? », ChatGPT propose les messages suivants :

Voici une prise de parole possible pour une municipalité souhaitant expliquer — de façon convaincante, pédagogique et équilibrée — pourquoi la construction d’un nouveau pont multimodal au-dessus d’un fleuve est nécessaire.

🏗️ Discours / argumentaire possible d’une municipalité

🎯 1. Un pont pour répondre à un besoin réel, pas à un caprice

« Notre ville grandit, se transforme, accueille chaque année plus d’habitants, d’emplois, d’activités. Le franchissement du fleuve est aujourd’hui un point sensible : saturation de certains ponts, ralentissements réguliers, allongement des temps de trajet, difficultés pour les transports en commun.
Le nouveau pont n’est pas un “plus”, mais une infrastructure devenue indispensable pour assurer une circulation fluide et sécurisée. »

🚋 2. Un investissement pour les mobilités durables

« Le pont n’est pas pensé pour encourager la voiture, mais pour donner plus de place au tramway, aux bus, aux vélos et aux piétons.
C’est une pièce essentielle de notre stratégie de mobilité : offrir des alternatives fiables et rapides à la voiture, réduire les émissions et permettre à chacun de se déplacer facilement. »

🌳 3. Un projet qui améliore la qualité de vie

« En fluidifiant les déplacements, en réduisant les congestions et en offrant des cheminements apaisés pour les modes actifs, ce pont contribue à une ville plus respirable, plus accessible, plus agréable.
Les espaces dédiés aux cyclistes et piétons seront larges, lisibles et sécurisés. »

🛡️ 4. Un enjeu de sécurité

« La réalité est que nos ponts actuels vieillissent. Les travaux d’entretien deviennent plus fréquents, plus coûteux, parfois perturbants.
Le nouveau pont assure une redondance nécessaire : en cas de maintenance ou d’accident sur un pont existant, la ville ne se retrouve pas coupée en deux. »

📍 5. Un outil de rééquilibrage territorial

« Ce nouveau franchissement reliera des quartiers aujourd’hui séparés, permettant un meilleur accès aux services, à l’emploi, à la culture, et soutenant le dynamisme économique des deux rives.
C’est un geste d’équité territoriale. »

💼 6. Un moteur de développement économique

« Les entreprises ont besoin d’une ville où l’on se déplace facilement.
Le pont soutient l’activité des commerces, facilite l’accès aux zones économiques, renforce l’attractivité du centre-ville.
C’est un investissement qui rapporte : en emplois, en qualité de vie et en dynamisme local. »

🌍 7. Un projet pensé pour l’environnement

« Le pont sera conçu pour avoir un impact environnemental limité, avec des matériaux durables, une attention portée aux milieux naturels et aux continuités écologiques.
En renforçant l’offre de transports en commun, il contribue à réduire les émissions globales. »

🧭 8. Une vision à long terme

« Un pont est construit pour 80 ans, 100 ans, parfois plus.
Nous ne pensons pas seulement à la situation d’aujourd’hui : nous préparons la ville pour les générations à venir, dans un contexte de transition écologique et de changement climatique.
Ce choix est celui de la responsabilité. »

🤝 9. Un projet concerté et maîtrisé

« Le pont ne se fera pas sans les citoyens.
Des étapes de concertation, des réunions publiques et des ateliers permettront de présenter les études, d’écouter les inquiétudes, d’améliorer le projet.
C’est ainsi que nous construisons un projet partagé, équilibré et utile à tous. »

💬 10. Un message final simple

« Le nouveau pont n’est pas un luxe : c’est une réponse aux besoins de mobilité du présent et aux défis de demain.
Il permettra à chacun de se déplacer mieux, plus vite, plus durablement.
C’est un investissement pour notre ville, pour nos enfants, pour notre avenir. »

2 réponses sur “La com’ de Nantes Métropole a du mal à faire le pont”

    1. Honnêtement, je ne sais pas s’il y avait des fournisseurs ici pour une construction aussi colossale. Cimolaï est un leader mondial dans son domaine. Mais le choix d’un tablier métallique d’un seul tenant était-il judicieux ? S.J.

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