Cet escalier, une œuvre d’art ? Faut pas charier !

L’escalier du Jardin extraordinaire, en chantier au fond de la carrière de Miséry, dans le Bas-Chantenay, a été dessiné par François Delarozière. Un homme lui aussi extraordinaire : tout ce qu’il touche, ou du moins tout ce qu’il vend, se transforme en œuvre d’art.

Devant le chantier, un panneau a été dressé. Il cite tous les participants au projet. Une main anonyme y a écrit : « POURQUOI PERSONNE NE NOUS DIT COMBIEN ÇA NOUS COÛTE ? ». Question vulgaire ! Quand il est question d’art, n’est-ce pas, on ne compte pas.

 

Le panneau du chantier de l’escalier du jardin extraordinaire

Un escalier, normalement, est fait pour être monté et/ou descendu. Il peut parfois avoir aussi une valeur artistique, tel le grand escalier de Chambord. Mais l’escalier du Jardin extraordinaire, c’est l’inverse : une œuvre d’art, sur laquelle le vulgum pecus pourra en plus poser les pieds.

Cette qualification est tout à fait officielle. Nantes Métropole a publié au mois de mai dernier un avis de marché portant sur la « maîtrise d’œuvre de la réalisation, sur le site de l’ancienne carrière Misery à Nantes, de l’œuvre d’art dénommée ‘Escalier du Jardin extraordinaire’ ». Il s’agit donc bien d’une œuvre d’art appelée « escalier » et pas d’un escalier comportant des éléments artistiques.

N’empêche que les citoyens pourront se balader sur cette construction métallique accrochée à une paroi rocheuse haute comme un immeuble de huit étages (et orientée plein Sud dans un site où la température est déjà réputée supérieure de 4 degrés à celle des environs). Est-il bien raisonnable de confier ce genre de réalisation à un artiste ? Qu’on se rassure : l’essentiel du travail sera fait par des pros. La maîtrise d’œuvre est assurée par Géolithe, une entreprise savoyarde experte en belvédères, tyroliennes et autres installations montagnardes, et ECTS, un bureau d’études rezéen spécialiste des structures en métal.

Le rôle de François Delarozière est néanmoins capital : un marché public qui a pour objet la création d’une œuvre d’art peut être passé sans mise en concurrence préalable (article R2122-3 du code de la commande publique). Le prix se négocie en direct entre l’acheteur et le fournisseur. Ce qui pourrait évidemment donner lieu à bien des tentations. Heureusement, ni François Delarozière, ni Nantes Métropole ne sont du genre à y céder.

Quant aux entreprises impliquées, certaines font même preuve de leur désintéressement avec de copieux budgets de mécénat. Prenez Charier Génie Civil, grosse entreprise de Loire-Atlantique qui vient de mettre en place un immense échafaudage couvrant la paroi de la carrière de Misery. Elle vient justement de mécéner le Fonds de dotation de l’Arbre aux Hérons, et pas qu’un peu : compris entre 200.000 et 499.000 euros, son don lui vaut le titre de « Héron Goliath ».

Sven Jelure

2 réponses sur “Cet escalier, une œuvre d’art ? Faut pas charier !”

  1. Ha oui Charier, ceux qui sont présents sur tous les marchés et qui ne savent pas poser des pavés à l’ancienne. Mais ce n’est pas grave si c’est moche, se sont des copains.

    1. Bonjour Monsieur Grolo,
      Nous sommes ravis que vous passiez un peu de temps à lire nos lignes. Il s’agit, me semble-t-il, de réfléchir à la qualification de l’escalier en tant qu’œuvre d’art. Évitant aussi qu’un(e) architecte et/ou un(e) designer puisse avoir une idée intéressante, plutôt que ces balconnets et garde-corps pas vraiment convaincants. Et concernant l’entreprise Charier, ce n’est pas qu’elle soit retenue pour ce marché qui est important à nos yeux, mais plutôt qu’elle soit mécène de l’Arbre aux hérons. Qu’elle entre dans le tout petit cercle des Hérons Goliath… Il faudra qu’on regarde le point commun entre tous les Hérons Goliath un de ces jours.
      V.H.

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