Plus de belvédère à Nantes…

Mais pas plus de vue pour autant

Nantes Métropole va dépenser 27 % de plus que prévu pour construire sur la butte Sainte-Anne un belvédère conçu par l’un des artistes chéris du Voyage à Nantes. Mais ce qu’il y a de plus spectaculaire dans cette construction, c’est le budget…

Il y a plus de vingt ans que Tadashi Kawamata accroche un peu partout ses bricolages perchés, qualifiés tantôt de « nids », tantôt de « cabanes dans les arbres ». Un livre leur a même été consacré en 2013. À se demander si la « tente de Monsieur Bourgogne » récemment accrochée par Royal de Luxe à la façade d’un immeuble de Bellevue n’était pas un pied de nez aux installations prévues par le Voyage à Nantes 2019. En tout cas, les nids de Nantes arrivent bien tardivement, comme des rogatons d’une créativité épuisée.

Une originalité quand même : l’un des nids de Nantes a vocation à perdurer, celui en cours d’accrochage rue de l’Hermitage, sur la butte Sainte-Anne, juste à côté du restaurant L’Atlantide. C’est un belvédère « évoquant un gigantesque nid de cigogne », explique laborieusement Nantes Métropole. Disons plutôt que le « nid » servira surtout à camoufler un dispositif d’accrochage spécialement disgracieux.

La construction de ce belvédère a été décidée voici deux ans, à l’instigation du Voyage à Nantes, pour 1 041 600 euros TTC. Un montant qui n’a pas été fixé à la légère : Nantes Métropole avait étudié l’ouvrage en détail et affirmait à l’époque que « ces études ont permis de fiabiliser le coût et le délai de réalisation ». On espère que la solidité du belvédère a été mieux calculée que son coût puisque le budget vient d’être porté à 1.326.000 euros. Une augmentation de 27,3 % : bravo pour le coût « fiabilisé » !

Un belvédère pour quoi faire ?

Rien n’est trop beau pour attirer les touristes, n’est-ce pas ? Oui, mais justement, quels touristes espère-t-on attirer avec ce belvédère ? Accessible par un long couloir, il s’avance en surplomb de dix mètres au-dessus du quai d’Aiguillon, à une quinzaine de mètres de hauteur. Pour voir quoi ? C’est bien le problème.

En raison de la courbure de la butte Sainte-Anne, on n’y verra rien du jardin de Miséry et pas grand chose du quai de la Fosse. À 150 mètres de là, la table d’orientation de la montée de l’Hermitage offre une vue bien plus large et plus intéressante sur la Loire et sur Nantes, à côté des statues du capitaine Nemo et de Jules Verne enfant. Du belvédère de Kawamata, ce qu’on verra le mieux sera surtout la circulation automobile sur le quai.

Depuis quelques décennies, des destinations touristiques ont multiplié les belvédères originaux. Beaucoup de touristes ont eu l’occasion de visiter les constructions spectaculaires de Cardada (Suisse), de Trauttmansdorff (Italie), de Dachstein (Autriche), de Garmisch-Partenkirchen (Allemagne), d’Aurland (Norvège) ou de l’Aiguille du Midi (France), entre autres exemples européens, sans parler de ceux qui ont parcouru l’un des nombreux skydecks, skywalks et skyways des continents asiatique, américain et australien. Nantes n’aura qu’une originalité à revendiquer : le belvédère d’où il n’y a presque rien à voir ! Pas sûr que ça attire les foules.

Sven Jelure

 

Une pensée sur “Plus de belvédère à Nantes…”

  1. Il y en a assez des élucubrations de Jean Blaise et de Voyage à Nantes… des innovations toujours très couteuses et inutiles pour une majorité de citoyens nantais.

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