Le général Cambronne est mal aimé des Nantais, ou plus probablement mal connu. Pour raviver sa mémoire, il serait bon d’inscrire sa parole authentique sur son monument. Qui, du même coup, deviendrait aussi un hommage à Victor Hugo
Les lecteurs de Presse Océan ont donc élu Jules Verne comme leur personnalité préférée. Fort bien – même si cela chagrine en haut lieu, puisque les milieux municipaux n’aiment guère l’auteur de Vingt mille lieues sous les mers !
En revanche, le faible score du général Pierre Cambronne (1 % des voix) désole. Voilà un grand soldat qui a prouvé son courage, sa fidélité et sa résilience. Entré dans la carrière militaire à 20 ans, en 1791, il est obligé de combattre la Vendée en 1793, mais les témoignages produits lors de son procès en 1816 assurent que dans cette guerre « il s’est rendu aussi recommandable par son humanité que par sa bravoure ».
Qu’on regrette ou pas son engagement impérial, il faut constater qu’il est fidèle à sa parole jusqu’au bout, au point d’accompagner Napoléon à l’île d’Elbe puis au cours des Cent jours. Et bien sûr à Waterloo, où il est grièvement blessé et fait prisonnier. Il dément cependant avoir prononcé la phrase héroïque qu’on lui attribue : « La Garde meurt mais ne se rend pas ». Instantanément, la rumeur publique fait circuler une formule plus radicale, qu’on évite de prononcer à haute voix.
Son « Merde ! » ne sera en quelque sorte « officialisé » et réhabilité qu’en 1862, quand paraît le tome II des Misérables. Victor Hugo y décrit ainsi les derniers instants de la bataille de Waterloo : « Alors, ému, tenant la minute suprême suspendue au-dessus de ces hommes, un général anglais, Colville selon les uns, Maitland selon les autres, leur cria : Braves français, rendez-vous ! Cambronne répondit : Merde ! »
Ce n’est pas seulement le juron d’un soudard, Victor Hugo tient à le préciser : « L’homme qui a gagné la bataille de Waterloo, c’est Cambronne. Foudroyer d’un tel mot le tonnerre qui vous tue, c’est vaincre » !
Inverser d’un mot le sort des armes, donner la victoire au vaincu et à ses « mourants sublimes » : quel formidable toupet ! Ne dénote-t-il pas une connivence entre Pierre Cambronne et Victor Hugo ? Car si le premier est Nantais, le second l’est plus qu’à moitié par sa mère, Sophie Trébuchet, mais aussi par sa femme, Adèle Foucher, dont le père était le meilleur ami du sien. Deux ans avant Hugo, Cambronne s’était marié lui aussi, mais avec une Écossaise, Mary Osburn, témoignant ainsi de la polarité celtique de Nantes.
Dans Biographie bretonne, Prosper Levot écrit : « Cambronne est mort à Nantes le 28 janvier 1842. Le Gouvernement a acquitté la dette de la France en inscrivant son nom sur la partie nord de l’arc de triomphe de l’Etoile. Sa ville natale doit bientôt, dit-on, acquitter celle de la Bretagne en plaçant sa statue sur le Cours Henri IV. »
Ce qui est fait en 1848, le cours Henri IV devenant au passage le cours Cambronne. La statue de Jean Debay représente le général à la tête du dernier carré de la Garde impériale le 18 juin 1815. Le rôle de sa vie. Sur le socle, cependant, on a gravé : « La Garde meurt mais ne se rend pas ».
À deux pas de là, Le Voyage à Nantes a « pérennisé » une petite statue d’origine indienne intitulée Éloge de la transgression. Eh ! bien, qu’on transgresse donc pour de bon en gravant sur le piédestal de Cambronne sa parole authentique ! Ce « Merde ! » sera du même coup un hommage au demi-Nantais Victor Hugo. Pour une ville qui se targue de culture, ça ne peut pas faire de mal !
Sven Jelure
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