Dans sa grande sagesse, le législateur a imposé à diverses entités de publier leurs comptes chaque année afin d’informer le public. Puisque la page de 2025 est tournée, faisons un point rapide sur les publications de comptes intervenues au cours de l’année.
Sont concernées notamment les associations qui perçoivent plus de 153 000 euros de subventions dans l’année. Royal de Luxe est dans ce cas, bien sûr, et fait habituellement partie des bons élèves de la classe nantaise. Publiés (presque) à bonne date, ses comptes épataient toujours : qu’elle crée beaucoup ou peu, la compagnie était abreuvée de grosses subventions. Elle avait innové l’an dernier en décidant de considérer les frais de création de son Bull Machin nantais comme des investissements amortis sur plusieurs années !
Les choses ont changé. Royal de Luxe n’a publié ses comptes 2024 que le 9 décembre 2025. Peut-être parce que, pour la première fois depuis longtemps, ils ne sont pas bons du tout. Ils révèlent une perte de plus de 300 000 euros l’an dernier. La compagnie avait vendu pour 824 761 euros de spectacles en 2023 ; elle n’a perçu que 1 512 euros en 2024 ! Et ses subventions publiques ont chuté de 838 929 euros à 195 886 euros. Pas assez pour couvrir ses dépenses ordinaires : naguère copieux, son bas de laine a été divisé par quatre. Johanna Rolland avait subi un camouflet en 2023 (après avoir annoncé un « nouveau » spectacle, elle n’avait eu droit qu’à un ersatz du Bull Machin de Villeurbanne) : a-t-elle décidé d’en finir avec Royal de Luxe ? On voit mal comment la compagnie survivrait longtemps à ce rythme-là. L’arrivée de Myriam Naël au secrétariat général de la compagnie voici quinze mois pourrait faire partie du plan. Elle est au mieux avec la maire de Nantes, en tout cas, puisque – l’annonce date du 4 décembre – elle figurera sur sa liste pour l’élection municipale de mars prochain.
L’association La Machine (qui a changé son nom en « Compagnie La Machine » voici trois mois), c’est autre chose : elle ne publie jamais ses comptes. Aux subventions, elle préfère les ventes de prestations. En 2024, elle a touché comme chaque année 70 000 euros de la DRAC au titre des « arts de la rue » et, dans des conditions mystérieuses, 79 000 euros de Nantes Métropole pour quelques apparitions du cheval-dragon Long Ma. Ce n’est pas assez pour franchir la barre des 153 000 euros : toujours pas de publication en 2025 (mais les comptes peuvent être obtenus auprès de Nantes Métropole au titre du droit d’accès aux documents administratifs).
L’aide en nature que constituent les locaux de La Machine dans les nefs des chantiers, évaluée à 42 073 euros, n’entre pas dans le calcul des subventions. Les aides de ce type sont souvent élevées. L’Association culturelle de l’été, 9e plus grosse subvention de Nantes Métropole en 2024 avec 860 000 euros – et un total de 1 970 691 euros toutes subventions confondues – note elle-même qu’elle bénéficie aussi de subventions indirectes à hauteur de 207 793 euros.
Les fonds de dotation, n’ont pas droit aux subventions et sont tenus de publier leurs comptes. Le Fonds métropolitain pour la culture est le seul des fonds créés à l’initiative de Nantes Métropole à tenir la route. Il est en tout cas le seul à avoir publié ses comptes cette année. Il a tout de même attendu décembre 2025 pour cela. Il y avoue une perte d’exploitation qui l’a obligé à puiser quelques milliers d’euros dans ses fonds statutaires – mais il promet de les ramener à niveau dans les deux ans. C’est que les choses ne vont pas fort : « l’année 2024 a été exceptionnelle à plusieurs titres, notamment un contexte économique difficile, engendrant une fébrilité des entreprises à recourir au mécénat ».
Les déboires du Fonds de dotation de l’Arbre aux Hérons, plusieurs fois évoqués, n’ont évidemment pas donné bonne presse au mécénat ! Ce fonds n’a pas publié ses comptes 2024. En fait, il n’en a pas publié depuis ceux de 2022, catastrophiques. Légalement, pourtant, il existe toujours faute d’une dissolution officialisée. Il en va de même du Fonds pour le développement culturel, sinistré par l’affaire de la Folle Journée : apparemment perdu dans les méandres de la justice commerciale, il s’abstient lui aussi de publier ses comptes.
Du côté des fonds de dotation d’origine métropolitaine, la situation la plus claire, finalement, est celle du fonds de dotation Promouvoir l’accueil de savants étrangers : il a disparu. Accessoire de l’Institut d’études avancées, c’était un fonds « dont on perçoit difficilement l’utilité » , avait dit sans ménagement la chambre régionale des comptes. Johanna Rolland avait promis à celle-ci, en 2021, de le dissoudre « dans les plus brefs délais ». Cela a enfin été fait en mai 2024. Pas de publication en 2025, donc.
Dans le vaste monde des sociétés commerciales, il en est une au moins qui aura retenu l’attention de Johanna Rolland : Iadvize, longtemps sa startup favorite. Elle avait même confié au fondateur, Julien Hervouët, la co-direction d’un groupe d’étude pour l’élection municipale de 2020. Pendant des années, Iadvize s’est abstenue de déposer ses compte, apparemment sans raison légitime. Elle s’est en partie rattrapée fin novembre 2025 en publiant ses comptes pour 2023 et 2024. Elle y révèle des pertes d’exploitation chiffrées en millions d’euros, un lourd endettement, un plan de réduction des effectifs, la dissolution de sa filiale espagnole, etc. Julien Hervouët devrait être moins sollicité pour l’élection munipale de mars prochain.
Sven Jelure
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