Un livre sur l’Arbre aux Hérons : histoire d’un flop extraordinaire peut-être pas achevé

La page froissée de l’Arbre aux Hérons est-elle totalement tournée ? Ce n’est pas si sûr. Mais en attendant un éventuel rebondissement, voici un livre qui revient sur cet épisode extraordinairement décevant et mal géré de la vie métropolitaine nantaise.

On aime bien, à Nantes, l’adjectif « extraordinaire », même quand on l’applique à une réalité plus prosaïque. L’un des sens que lui donne l’Académie française (« qui choque par sa bizarrerie, son extravagance ») s’applique bien à l’Arbre aux Hérons, un projet adopté par le conseil communautaire de Nantes Métropole en juin 2004 et abandonné soudain par Johanna Rolland en septembre 2022. Entre ces deux dates, dix-huit ans de tergiversations et environ 10 millions d’euros de dépenses.

L’aventure de l’Arbre aux Hérons est-elle terminée ? En guise d’épitaphe, je viens de publier un livre sur le sujet :

L’Arbre aux Hérons :
comment Nantes s’est prise à rêver
et ce qui s’est passé ensuite

Cependant, pour livrer le fond de ma pensée, je ne suis pas sûr du tout que cet « ensuite » soit achevé. Les zombies, ça existe ! Plus exactement :

1)       Le prototype de Héron construit à grands frais est toujours là, branlant et rouillé, entre les Machines de l’île et l’école Aimé-Césaire, dans un enclos sous la responsabilité de Nantes Métropole (alors que les alentours sont confiés au Voyage à Nantes par délégation de service public).

2)       Ce prototype a fait l’objet d’une promesse tout à fait explicite : « Johanna Rolland et Fabrice Roussel ont confirmé aux mécènes que les fonds collectés par le fonds de dotation financeront la mise en exploitation du Grand Héron, déjà visible sur l’esplanade des nefs et déjà propriété de la Métropole. » Cet engagement formel reste affiché sur le site web de Nantes Métropole depuis le 15 septembre 2023.

3)       À l’automne 2024, Nantes Métropole a passé avec un grand bureau d’études un marché public intitulé Diaghéron et portant non seulement sur un diagnostic de la machine mais aussi sur une « assistance à la rédaction des pièces techniques et graphiques des dossiers de consultation des entreprises et d’assistance au suivi et au contrôle des actions correctives et travaux de réhabilitation ». Autrement dit, une remise en état est prévue.

4)       Les Machines de l’île ont désespérément besoin d’une nouveauté pour se relancer et réduire leur trou financier. Il ne suffira pas de caser dans la Galerie des machines, déjà bien encombrée, quelque nouvelle mécanique étrange du genre ornithorynque crépu ou dendrobate clignotant. Il leur faut une annonce forte, qui sensibilise un large public.

5)       Johanna Rolland elle aussi a besoin d’une annonce forte. Elle sait bien que la manière dont elle a traité l’Arbre aux Hérons est un gros point noir de ses deux mandats. Elle a temporisé, fait voter d’énormes budgets d’étude finalement inutiles, engagé le projet dans une impasse en imposant qu’un tiers du financement soit fourni par le secteur privé (en embarquant dans la même impasse des milliers de donateurs et des dizaines de mécènes) et tout stoppé précipitamment sous un prétexte économique douteux (sa déclaration du 15 septembre 2022 n’est d’ailleurs plus affichée sur le site de Nantes Métropole). Comment faire oublier ces impairs ?

Comment ? Mais en annonçant la prochaine ressuscitation du Grand Héron, quels qu’en soit le coût et l’équation économique ! Une telle annonce lors de la réouverture des Machines de l’île, le 7 février, dynamiserait du même coup leur saison 2026. On prend le pari ?

En attendant, ne manquez pas de lire L’Arbre aux Hérons :comment Nantes s’est prise à rêver et ce qui s’est passé ensuite, qui relate en détail l’histoire du projet et les raisons de son échec.

  • Disponible sur Amazon et à la librairie Coiffard, rue de la Fosse à Nantes.
  • ISBN 979-8279277322, 152 pages, 12 €.

4 réponses sur “Un livre sur l’Arbre aux Hérons : histoire d’un flop extraordinaire peut-être pas achevé”

  1. Vous êtes étonnant Sven Jelure. Je n’ai pas lu votre livre mais j’en ai eu vent. J’imaginais que c’était un réquisitoire en règle, en brillant artisan, coutumier de l’exercice. Ce qui m’inspirait peu. François Delaroziere existera encore quand les politiques auront disparu. Mais passons, en spécialiste de la question pouvez-vous nous donner la comparaison des budgets entre l’arbre aux hérons et le futur musée Jules Verne ? Je n’arrive pas à croire ce que j’ai écrit, pourtant j’ai vérifié, à savoir que le musée est moins cher de deux queues de cerises mais financé pleine balle par la collectivité. Eclairez-nous.

    1. Je ne comprends pas bien le sens de votre question mais je soupçonne que vous ne l’auriez pas posée si vous aviez lu mon livre d’abord. (Pas de souci, il m’arrive à moi aussi de parler trop vite.)
      Comment voulez-vous comparer le budget de l’Arbre aux Hérons à un autre ? Personne ne sait à quel point la prévision budgétaire était honnête. Après les 35 millions d’euros affichés pendant des années, on est passé d’un coup à 52 millions en juillet 2021, puis Johanna Rolland a annoncé en septembre 2022 que ce serait en fait plus de 80 millions à cause du prix de l’acier (qui en réalité était en baisse depuis plusieurs mois et ne représentait qu’une fraction du coût prévisible).
      Alors, quand la même Johanna Rolland annonce un musée Jules Verne, ou plutôt une Cité des Imaginaires, à 50 millions d’euros, je préconise d’attendre la facture.
      Si vous tenez malgré tout à comparer, vous pourriez vous reporter à une comparaison explicite de Fabrice Roussel, vice-président du conseil métropolitain. Il estimait en 2021 qu’un Arbre à 52 millions d’euros n’était pas si cher puisque la rénovation du musée d’arts avait coûté près de 90 millions (cf. Anne Augié et Stéphanie Lambert, « L’Arbre aux Hérons est-il si cher ? », Ouest-France, 5 octobre 2021). On se souvient qu’elle était initialement estimée à 34,6 millions d’euros. Mais je reconnais que cette comparaison opacifie le mystère au lieu de l’éclairer : en quoi ces 90 millions de référence justifiaient-il un Arbre à 52 millions mais pas un Arbre à 80 millions ?
      Cela dit, vous avez raison de noter que le musée est « financé pleine balle par la collectivité », ce qui fait une vraie différence. Johanna Rolland avait décrété qu’un tiers de l’Arbre aux Hérons devrait être financé par le secteur privé. En cinq ans, le fonds de dotation ad hoc, co-dirigé par une ancienne députée et par Pierre Orefice soi-même, n’a récolté que quelque chose comme 4 ou 5 millions d’euros (plus 1,3 millions de promesses évaporées avec l’abandon du projet). On était loin des 17 millions nécessaires pour un Arbre à 52 millions. Soit Johanna Rolland mangeait son chapeau, soit l’Arbre était irréalisable. Elle a su tirer la leçon de son erreur de débutante : désormais ce sera toujours le contribuable qui paiera. S.J.

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