Encore plus de millions pour l’Arbre aux Hérons

Faut-il vraiment rallonger la sauce ? Le conseil de Nantes Métropole réuni le 4 octobre sera invité à augmenter de 1 481 700 euros hors taxes, soit 1 778 040 euros TTC, les frais d’études consacrés à l’Arbre aux Hérons. Une somme coquette dans l’absolu et énorme dans le relatif : quatre fois supérieure au montant obtenu par la collecte Kickstarter l’an dernier, elle revient à augmenter de 50 % les frais d’études !

Ces études comprenaient des études de sol et de sécurité et surtout, le procès-verbal du conseil métropolitain du 8 décembre 2017 en fait foi, des « pré-études portant sur la faisabilité de l’Arbre aux Hérons ». Ces dernières étaient confiées, moyennant un étrange détour par Nantes Métropole Aménagement (qui de son côté a perçu 520 000 euros à ce titre), à un groupement composé de Pierre Orefice, François Delarozière et l’association La Machine. Un attelage chargé donc de valider un projet imaginé… par MM. Orefice et Delarozière eux-mêmes.

Encore un instant, monsieur le bourreau

Le délai fixé était de deux ans. Les travaux avaient même pris de l’avance : « Nous allons rendre l’étude de faisabilité le 30 juin prochain », annonçait Pierre Orefice à Magali Grandet, d’Ouest France, début mars dernier. Et voilà que trois mois après cette date, on apprend que l’argent est dépensé, que le travail est loin d’être achevé et qu’il faut remettre une pièce dans la machine afin de repartir pour un tour.

Une seule conclusion s’impose : si l’étude de faisabilité s’enlise, c’est que L’ARBRE AUX HÉRONS N’EST PAS FAISABLE !

En réalité, on le savait depuis plusieurs mois. L’Arbre aux Hérons vers lequel ont dérivé les études n’était déjà plus celui qui avait été proposé au conseil métropolitain. On lui a ajouté des dizaines d’étais sans lesquels il ne pourrait tenir debout. Pierre Orefice a beau prétendre que c’est toujours un arbre – un banian, ou « figuier étrangleur », qui projette des racines aériennes –, il est désormais bien différent de sa représentation par Stephan Muntaner affichée un peu partout. Cet arbre idéalisé, c’est acquis sans être admis, n’était pas faisable.

Pas seulement de doux zéphyrs

Et même transformé en un vaste échafaudage solidement fixé au sol, on peut douter que son successeur le soit davantage. Le cas n’est pas simple. Les aménageurs du « Jardin extraordinaire » soulignent que la carrière de Miséry est abritée des vents d’ouest. C’est vrai, mais sa partie est, réservée à l’Arbre aux Hérons, est totalement exposée aux vents de sud-ouest, qui ne sont pas moins redoutables.

« Les études se passent bien », assurait pourtant Pierre Orefice à Nantes Métropole. « Dans la carrière Miséry, nous procédons à des essais avec des anémomètres pour mesurer le vent. » On espère qu’il plaisantait. Une construction métallique érigée devant une paroi rocheuse est soumise à des phénomènes aérauliques complexes qu’un anémomètre est bien incapable de révéler. Or on parle là d’une attraction qui ferait tourner des gens en l’air, au bout d’un bras en métal, à plus de 30 mètres de haut !

Le vent n’est pas le seul problème, bien entendu. Il faudrait y ajouter les effets des chaleurs caniculaires sur le métal et les visiteurs, la difficulté de gérer deux circuits de visite indépendants, la sécurité, en particulier à l’égard des apprentis acrobates (le mouvement Yamakasi est très vivace à Nantes), l’enlisement des financements, etc. Bref, il vaudrait mieux regarder la vérité en face.

Ce qui est perdu est perdu

Pourquoi continuer ? Sans doute parce que Nantes Métropole poursuit une chimère, comme un joueur lessivé qui espère toujours se refaire au casino. Les Machines de l’île n’ont pas suffi à asseoir la notoriété internationale de Nantes ? On fera l’Arbre aux Hérons. L’Arbre aux Hérons n’est pas faisable ? On continuera quand même à le financer pendant des années.

C’est ce que Dan Ariely et Jeff Kreisler appellent les « coûts irrécupérables » : souvent, quand on s’aperçoit qu’on a investi dans quelque chose qui ne fonctionnera pas, on continue quand même à y mettre de l’argent pour ne pas perdre celui qu’on y a déjà mis. Ou plutôt pour ne pas s’avouer qu’il est perdu. « Nous ne voyons pas seulement le montant en argent, nous voyons tous les choix, les efforts, les espoirs investis avec cet argent », écrivent Ariely et Kreisler*. « Ils ont acquis plus de poids. Comme nous les surévaluons, nous sommes moins disposés à y renoncer et nous n’en courons que davantage le risque de continuer à creuser le trou. » Dirait-on pas que les deux Américains parlent de notre chimère nantaise ?

L’Arbre aux Hérons est devenu L’Arbre aux Millions, dit Laurence Garnier. C’est même l’Arbre aux Illusions. La patronne de l’opposition municipale réclame « un état des lieux détaillé ». C’est une bonne idée, à condition de ne pas faire établir ce constat par le groupement Orefice-Delarozière-La Machine.

Sven Jelure

* Dans L’Argent a ses raisons que la raison ignore, Paris, Alisio, 2019.

4 réponses sur “Encore plus de millions pour l’Arbre aux Hérons”

  1. Par curiosité, une petite recherche avec le mot-clé « héron » sur le nouveau site « participatif » de Nantes (rubrique « projets ») donne un résultat des plus transparents quant au devenir de l’arbre en question : zéro, aucun, nada…

  2. Sur Garnier, soi-disant patronne de l’opposition municipale (Laernoes, à peine désignée candidate, est en campagne et peut déjà faire croire qu’elle a beaucoup plus de caractères que la rentière de la droite nantaise), ne pas oublier qu’à la Région PdL, elle est beaucoup plus discrète sur l’Arbre aux hérons. Tellement qu’elle signe aussi des chèques. Ce qui est d’autant plus scandaleux qu’on se demande bien quelles promesses peuvent bien être faites à des Mayennais à ce sujet.
    Garnier n’est absolument pas une oppos