Un mauvais sort poursuit-il la maire de Nantes ? Les projets les plus « emblématiques » de ses deux mandats semblent affectés d’un guignon tenace.
« A-t-il de la chance ? » s’enquérait Napoléon avant de nommer un nouveau général. La chance n’est pas aléatoire, elle intègre une équation personnelle.
Johanna Rolland n’est pas la plus chanceuse des maires. Le tablier du futur pont Anne-de-Bretagne vient d’en faire la démonstration. Il a quitté le port italien de Monfalcone sur une barge dans la deuxième quinzaine d’octobre 2025. Si tout se passait bien, le trajet de 5 000 km ne devait pas demander plus d’une dizaine de jours. La livraison était prévue à Nantes entre le 20 novembre et le 20 décembre.
Cette large fourchette signifie qu’on pensait avoir tenu compte des aléas météorologiques. L’essentiel était que le tablier soit mis en place avant Noël, ce qui aurait permis aux foules admiratives de venir contempler les travaux pendant les vacances. Mais au 20 décembre, la barge et son chargement étaient encore à l’ancre dans la baie de Cadix, au sud de l’Espagne. Quelques jours plus tard, ils repassaient même le détroit de Gibraltar dans le mauvais sens pour aller s’abriter à Almeria. Pas de chance !
Allait-on attendre la fin de la saison des tempêtes pour reprendre la mer vers l’embouchure de la Loire, quitte à ce que le tablier ne parvienne à Nantes qu’après l’élection municipale ? On a préféré improviser : au lieu de faire tirer par un remorqueur la barge et son fardeau, on allait les charger sur l’énorme Trustee, un navire semi-submersible de 217 m de long, utilisé en général pour transporter des charges telles que des plates-formes de forage pétrolier ou des usines clés en main. Il consomme au moins 100 tonnes de fuel par jour en opération : adieu le discours de Nantes Métropole sur le transport écologiquement vertueux ! Quant au surcoût, il s’annonce colossal puisque le Trustee, qui coûte probablement plus d’un million d’euros par semaine, a dû attendre une dizaine de jours au large d’Almeria que la tempête Leonardo se calme. Pas de chance !
Un syndrome récurrent ?
À propos du pont Anne-de-Bretagne, on se souvient que Nantes Métropole avait annoncé un maintien de la circulation dans les deux sens pendant les travaux. Ce n’était pas une promesse en l’air mais une condition imposée au constructeur dans l’appel d’offres. On voit ce qu’il en est finalement ! Tenir parole aurait compliqué le travail. Pas de chance !
Ce grand chantier n’est pas le seul où s’étale une certaine déveine de Johanna Rolland. On l’avait vu, lors de son premier mandat, avec le « sketch du YelloPark ». Et encore mieux, lors du second mandat, quand elle a validé en juillet 2021 un projet d’Arbre aux Hérons à 52 millions d’euros, au lieu des 35 millions annoncés précédemment. Puis, en septembre 2022, quand elle a y renoncé en alléguant une hausse du coût de l’acier. Pas de chance ! De toute façon, le fonds de dotation à la tête duquel elle avait nommé l’ancienne députée socialiste Karine Daniel était très, très loin d’avoir récolté un tiers du budget (soit plus de 17 millions d’euros) auprès de mécènes, ainsi que l’avait exigé la maire de Nantes. Pas de chance !
Du moins n’y avait-il pas de détournement d’argent à la clé. Heureusement, car la mésaventure de la SEM La Folle Journée sous la houlette de Joëlle Kerivin a confirmé que les choix humains de Johanna Rolland n’étaient pas toujours heureux. Pas de chance !
La déveine n’est peut-être pas réservée à Nantes. Quand Anne Hidalgo, maire de Paris, a déclaré sa candidature à l’élection présidentielle de 2022, les sondages lui annonçaient 5,5 % des voix, ce qui paraissait peu. Elle a chargé Johanna Rolland de diriger sa campagne et a obtenu finalement 1,7 % des voix, le score le plus faible jamais atteint par un candidat socialiste. Pas de chance !
Bon, le tablier du pont Anne-de-Bretagne vient de reprendre son périple vers l’embouchure de la Loire. La malédiction est peut-être levée. Quoique, une grève soudaine le jour de la réouverture des Machines de l’île ne ressemble pas exactement à un coup de bol.
Sven Jelure
Partager la publication "Johanna Rolland a-t-elle de la chance ?"

