Nantes Métropole : la RSE a besoin d’appui

Nantes métropole recherche un prestataire pour une « Mission d’appui et de conseil auprès de la plateforme RSE de la métropole nantaise ». La RSE, la métropole investit dessus depuis longtemps. Trop longtemps peut-être.

Le sigle RSE peut signifier

  • « responsabilité sociale des entreprises »(environ 723 000 résultats sur Google)
  • « responsabilité sociétale des entreprises » (environ 571 000 résultats)
  • « responsabilité sociale de l’entreprise » (environ 493 000 résultats)
  • « responsabilité sociétale de l’entreprise » (environ 153 000 résultats)
  • « responsabilité sociétale et environnementale » (environ 76 400 résultats)

Nantes métropole le pratique en version « sociétale des entreprises ». De quoi s’agit-il ? Sur son site ad hoc, Nantes métropole a une réponse simple : la RSE, « schématiquement, c’est la contribution des entreprises au Développement Durable ». C’est aussi la définition qu’en donne Bercy.

Eh ! bien, si c’est du développement durable, pourquoi ne pas le dire ? Et si c’est l’affaire des entreprises, est-ce celle d’une collectivité locale ou d’un EPCI tel qu’une métropole ? Bien entendu, c’est un noble souci, une macédoine de bonnes intentions (« faciliter l’économie de proximité », « préserver la biodiversité », « lutter contre la précarité », « promouvoir l’égalité femmes-hommes »…), qui concerne tout le monde à des degrés divers – donc pourquoi pas AUSSI un EPCI ? – Mais si tout le monde se mêle de tout, on risque de dépenser beaucoup d’énergie sans avancer beaucoup. Or c’est bien ce qui a l’air de se passer.

Ressourcerie

La « plateforme RSE » municipale dispose d’une « équipe ressource » au sein du Service économie en transitions (SET) de la Direction économie et emploi responsable (DEER) de Nantes métropole » : responsable du service « en coordination », quatre chargés de mission, ½ temps d’assistanat/secrétariat… S’y ajoutent deux « personnes ressources » d’Audencia business school. Et surtout une « gouvernance partagée » assurée par un « meet up des ambassadeur.rice.s » [sic] réunissant soixante « têtes de réseaux » !

Bien entendu, c’est ingérable : malgré toutes ces têtes, ou plutôt à cause d’elles, il faut encore faire appel à un prestataire extérieur. Son premier rôle sera d’apporter « appui et conseil auprès de Nantes métropole dans l’animation de la gouvernance de la plateforme RSE » !

Une fois de plus, Nantes métropole a les yeux plus gros que le ventre : à force de bâtir des usines à gaz autour de sujets qu’elle maîtrise mal, elle doit appeler à l’aide des spécialistes réels ou supposés, au risque de rajouter encore de la complexité. On l’a déjà vu à maintes reprises, par exemple, voici trois mois, avec la « mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage pour évaluer certaines règles du Plan Local d’Urbanisme métropolitain de Nantes Métropole en faveur de la nature en ville et de la densité ».

Un fruit trop mûr

L’avenir de la RSE est incertain. Surexploité depuis une quinzaine d’années (et beaucoup plus dans sa version américaine, la « Corporate social responsibility »), ce concept flou est devenu une tarte à la crème : toutes les grandes entreprises font de la RSE. Les institutions vouées à la promouvoir se sont multipliées – la « plateforme RSE » nantaise n’en est qu’un exemple. Elles se congratulent mutuellement ; la Fondation Oïkos a décerné à Nantes métropole en 2021 le titre de métropole « la plus RSE de France ». Ça fait du bien de voir Nantes en tête ailleurs que dans les classements de la délinquance.

À force, le marché approche de la saturation. La RSE intéresse moins les conseils en management et autres gourous friands de nouveautés à vendre. The Economist a dénoncé voici quelques semaines les dévoiements de son financement. Bernard Leca, professeur à l’ESSEC, évoque « de nombreuses interrogations sur l’efficacité réelle de la RSE », en laquelle on voit parfois « un écran de fumée, dissimulant habilement la vraie nature du capitalisme d’entreprise ».

Dans l’entourage même de Nantes métropole, certains commencent à prendre leurs distances lexicales. La chaire RSE d’Audencia a été rebaptisée chaire Impact positif. Et André Sobcak, « monsieur RSE » à la fois chez Audencia et à Nantes métropole (il en était vice-président), a pris la tangente : en juin dernier, il a démissionné de ces postes pour devenir permanent d’Eurocities, lobby des grandes villes, à Bruxelles.

Nantes métropole a beaucoup investi sur le sigle RSE depuis douze ans (colloques, site web, voyages d’étude…). Il serait dommage que tant d’efforts se trouvent ringardisés. Après tout, embaucher un prestataire extérieur qui pourrait éventuellement servir de bouc émissaire, devenir celui sur qui on appuie après avoir été celui sur qui on s’appuie, n’est peut-être pas une si mauvaise idée.

Sven Jelure

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